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Comme beaucoup d'autres choses de la vie, la séduction n'est pas un savoir mais un savoir faire. Dans ces conditions, je m'interroge sur le sens de « apprendre par soi-même » : n'est-ce pas un pléonasme ? Qui d'autre que nous même peut développer son propre savoir faire ? Les livres et articles permettent certes de mettre des mots sur des choses inconscientes, aidant ainsi à les rendre conscientes. Mais le pouvoir de la page imprimée s'arrête là.
Et pourtant, on se laisse tous avoir à vouloir accumuler le plus de savoir encyclopédique possible plutôt que de se confronter à la réalité du terrain, dans la nudité de notre ignorance. Notre savoir nous procure une illusion de savoir faire, mais en réalité, on ne fait que réciter par cœur tel un perroquet. Rien n'est vraiment compris, rien n'est vraiment intégré. La cyber-communauté désigne sous le terme de Keyboard Jockey ceux qui passent ainsi leur temps à théoriser la drague sur Internet plutôt que d'essayer de la simplifier sur le terrain. Comment cesser cela ? Comment arriver à se lancer ? Comment apprendre à apprendre ?
« Autodidacte : apprendre par soi-même » est le thème de la Croisée Des Blogs de ce mois-ci. Mais c'est aussi et surtout un des thèmes fondamentaux de PostSéduction : la Moi-Même Méthode ! Il y a beaucoup à dire au sujet de notre fuite dans les livres et notre besoin quasi maladif de réponses immédiates. C'est ainsi qu'en ce début 2009 j'ai décidé de donner une nouvelle impulsion à cette aventure PostSéduction en me lançant dans la rédaction d'un livre sous forme d'ebook, rien que ça ! Je remercie au passage ceux qui m'ont suggéré cette idée ainsi que tous ceux qui m'encouragent via leurs messages et commentaires. Étant donné que j'ai déjà traité sous de nombreux angles ce thème « apprendre par soi-même » dans le cadre de ce livre, j'ai décidé de vous donner un aperçu de tout cela sous forme d'extraits du brouillon actuel. N'hésitez pas à me faire part de votre impression ! Le principe de l'estomac
Quand tu manges des aliments, il te faut quelques secondes pour les mâcher, et des heures pour les digérer. La digestion est un processus qui permet de trier ce dont tu as besoin et de ce qui ne t'apporte rien. Cela demande du temps, afin de bien décomposer tout ce que l'on vient d'avaler. Vient alors l'intégration des éléments nutritifs qui ont été retenus : ils vont être lentement utilisés pour participer à la croissance et à la régénération de ton corps.
Les mots sont des aliments avec lesquels tu nourris ton esprit. La parole n'est que le véhicule de la pensée. C'est un mot intéressant : « véhicule ». Mis ensemble, les mots véhiculent une information qu'il faut prendre le temps d'assimiler, de digérer, d'intégrer. Vouloir tout comprendre immédiatement, c'est vouloir digérer une choucroute garnie en quelques secondes. On appelle cela le gavage.
L'estomac est un organe fascinant. Plus tu lui donnes de choses à digérer, et plus il en demande : tu deviens boulimique. Mais si tu le mets à la diète, il rétrécit et cesse de t'affamer. Je trouve extraordinaire comment ce principe se retrouve à de nombreux niveaux. Entre autre, plus tu te gaves de réponses pré-mâchées et plus tu en demandes. Plus on répond à tes questions et plus tu en poses. Par contre, si tu fermes un peu tes livres, si tu cesses un peu de mitrailler de questions, tu apprends doucement à trouver de véritables réponses par toi-même, simplement en observant la Nature et ta nature, comme je viens de le faire ici avec la digestion. Tu apprends aussi et surtout à te poser les bonnes questions. Une bonne question est une question qui porte en elle le germe de la réponse, que tu dois laisser pousser. Il faut laisser le temps à l'information de cheminer depuis la salive de la parole jusqu'au squelette de ton corps spirituel.
Les réponses ne peuvent venir que de toi. Quand on a passé sa vie à se gaver de livres afin de mériter un diplôme, c'est quelque chose qu'il est difficile d'accepter et de bien comprendre. Ce qui distingue un bon livre d'un mauvais, c'est l'avis du lecteur, à un moment donné de sa vie. Un livre est juste un outil, un support à ton développement personnel, à une période donnée de ta vie. Quand je me suis lancé dans la séduction, j'ai lu tout un tas d'articles que j'ai trouvé géniaux et criant de vérité. J'étais convaincu que le mystère féminin avait été percé dans sa totalité : je suis le maître du monde, je sais tout ! Quelques temps plus tard, je suis revenu me plaindre comme quoi tout cela était un concentré de bêtise. Je suis sûr que tu as déjà expérimenté ce genre de revirement.
Dans développement personnel, il y a « personnel ». Aucun livre, aucun auteur, aucun coach, aucun psychologue, aucun gourou, bref, personne ne peut faire ta part de boulot. Un guide ne peut rien faire de mieux que te guider, il ne peut pas aller jusqu'à marcher à ta place, autrement, il te fait marcher ! C'est quelque chose que tout le monde pense avoir compris. Sauf que, si l'on gratte un peu, c'est pas aussi trivial que ça en a l'air. Alors grattons... La peur de l'inconnu
On est tous passés par là : au début, on ne comprend rien ou pas grand chose aux filles. Et puis on se met à lire tout un tas de trucs, comme tu le fais en ce moment avec ce livre. Tu engranges ainsi de la connaissance, ce qui te rassures, te procure un sentiment de sécurité. C'est un mot intéressant : « engranger ». Tu remplis ta grange de provisions, ce qui permet de te sentir en sécurité, de bien dormir. Ça y est, tu as tout compris des filles, t'es un tombeur !
Tout va bien, à un détail près : tu n'as toujours pas de petite copine. Alors un jour enfin tu te décides à généreusement offrir la chance de te connaître à une inconnue. Mais au moment de mettre en pratique tout ton savoir, tu réalises que tu n'as aucun savoir faire ! Et tu manques même d'inonder le parquet tellement tu as peur. Que se passe-t-il ? Pourquoi ça ? Et te revoilà parti à la recherche de réponses dans les livres. Bref, tu tournes en rond.
Et oui, toute cette connaissance accumulée via les livres ou autre, c'est du vent, une illusion dont tu te sers pour te sentir en sécurité. Parce que tu as peur de l'inconnu, la connaissance est une bouée à laquelle tu t'accroches, car la connaissance efface l'inconnu : elle te permet de reconnaître. C'est un mot intéressant : « reconnaître ». Tu connais une seconde fois, tu répètes ta connaissance, tu fermes la porte de l'inconnu et donc, de l'apprentissage. Ta « réflexion » repose essentiellement sur ta mémoire, et très peu sur ton intuition et ta curiosité, qui sont des facultés que tu perds. Avec elles, tu perds aussi ta capacité à t'étonner et à t'émerveiller. Tu perds tout simplement ce qui te distingue d'un ordinateur.
La connaissance encyclopédique des livres ou de Google doit te servir à développer ton propre savoir à partir de ton vécu, et surtout pas à le remplacer. Ta méconnaissance est plus précieuse que la connaissance des autres que tu copies-colles dans ta mémoire. Nous allons en reparler du danger de la connaissance, mais revenons d'abord à la peur de l'inconnu. Car de la peur de l'inconnu à la peur de l'inconnue il n'y a qu'un pas, ce fameux premier pas si difficile à franchir. Comment y parvenir ? Le mouton broute là où on l'a attaché
Notre besoin de croyances est... incroyable. Une croyance, c'est la cristallisation d'une idée. Si l'idée est éphémère, si elle peut mourir pour mieux laisser place à une nouvelle idée, la croyance est figée, statique, dogmatique. En rigidifiant notre esprit, elle paralyse notre capacité à apprendre par nous même, car on identifie le savoir à ce qui relève du bourrage de crâne. Certaines personnes ne semblent même pas concevoir qu'il soit possible d'apprendre énormément de choses sans les livres, simplement par l'observation attentive. Mais comment alors ceux qui ont écrit les livres ont-ils appris ?
Nous sommes à la recherche de repères dans ce monde qui nous dépasse. Nous avons besoin de croyances auxquelles nous « raccrocher » à la manière d'un radeau de survie, à bord duquel on dérive au grès des courants de pensée. Le problème des croyances est qu'elles nous incitent à faire toujours la même chose, cette même chose qui valide la croyance en question. La boucle est alors bouclée : notre expérience reflète notre pensée. C'est rassurant, c'est sécuritaire, mais on est toujours un mouton qui tourne en rond dans son pré-carré.
Les croyances sont un obstacle à la remise en question. Seul le doute peut affaiblir nos croyances et ainsi permettre leur remise en cause, ouvrant ainsi la porte à la compréhension véritable et donc au changement durable. Si le doute est un précieux allier quand il alimente notre remise en question, il devient un handicap quand il alimente notre hésitation, qui repose sur la peur (de se tromper essentiellement). La question est : comment faire du doute ton allier ? Les croyances « limitantes » ?
On parle souvent de croyances « limitantes ». Mais je me demande sincèrement s'il existe des croyances qui ne soient pas limitantes, si « croyance limitante » n'est pas un autre pléonasme. Certaines croyances sont clairement plus limitantes que d'autres, mais je ne pense pas que ça aille beaucoup plus loin. Croire que l'on est Super Man continue de nous déconnecter de la réalité. Tôt ou tard, il faudra redescendre sur Terre, et la chute sera d'autant plus douloureuse qu'elle est haute.
Dans la croyance, quelque part, il y a la volonté de forcer les choses à se conforter à cette croyance, il y a un refus qu'il en soit autrement. Croire en quelque chose, c'est refuser de croire en autre chose. Cela revient à décider que tout ce qui n'entre pas dans le cadre de notre croyance est faux. Oui : la croyance, c'est le refus.
Je pense qu'au delà de la croyance, il y a l'acceptation. Croire, c'est tendre vers ce que l'on pense être la vérité, c'est s'enfermer dans le refus. Accepter, c'est laisser la vérité venir à soi, c'est s'ouvrir. Je pense donc qu'il ne s'agit pas de croire que les filles sont comme ceci ou comme cela, mais d'accepter qu'elles soient comme elles sont. Il ne s'agit pas de croire quoi que ce soit à propos de nous même mais d'accepter ce que nous sommes. Entre croire et accepter, il y a une nuance de taille : la compréhension.
Toute compréhension qui découle d'une croyance ne peut être qu'incomplète, partielle. La compréhension totale ne repose sur aucune croyance : quand on comprend, on n'a pas besoin de croire, et donc de refuser. Je pense qu'il n'y a pas de place pour le refus dans la compréhension totale, car la compréhension totale aboutit à l'acceptation totale, au refus du refus : « rien n'est bon, rien n'est mauvais, tout est à sa place ».
Dans le fond, croire, cela ne revient-il pas tout simplement à juger ? Quelle différence y a-t-il entre une croyance et un jugement ? Croire, c'est juger quelque chose de crédible. Les choses sont comme elles sont, y croire ou non n'y changera rien. Cela me paraît tellement absurde quand j'y pense, et pourtant, je ne peux pas m'imaginer de ne pas croire en quelque chose. À moins que... il y ait une nouvelle nuance à découvrir ? |